La Farce des Hommes-Foudre

LA FARCE DES HOMMES-FOUDRE : DE LA PHOTO AU DESSIN

(2 avril 2020, France)


Alors que je prends des nouvelles de mes amis au Népal - le confinement a été décrété à Kathmandu suite à la propagation du Corona virus (Covid-19), je reçois des nouvelles de Tashi, mon ami Khempa qui vit dans le quartier tibétain près de Kathmandu.  Je lui demande des nouvelles de son père, Ngoduj, 84 ans, il va bien. Je décide alors d’aller revisiter mes archives et de retrouver une de ses photos.

Le portrait de Ngoduj publié dans le cahier graphique de la bande dessinée que j'ai coécrit "La Farce des Hommes Foudre" (Casterman, 2018) a été réalisé en 2004 alors que  je m’essaie pour la première fois au numérique avec un Canon EOS 1D. Je réalise l’interview de Ngoduj en fin de journée, il fait nuit, la pièce est uniquement éclairée au néon, reste très sombre. De mémoire, les premiers modèles des EOS 1D n’étaient pas très performants à la lumière tungstène et dès qu’on augmentait la sensibilité ISO, le bruit (la même chose que du grain sur un film mais en pire !) apparaissait.
 

« A 100 iso je ne m’aidais pas beaucoup ! »


Je n’ai pas les données de prise de vue avec moi mais de mémoire j’avais un objectif peu lumineux (f/2.8) qui m’obligeait à monter en sensibilité. J’ai dû « pousser » (à l’époque) la sensibilité à 800 iso et déclencher au 30e de seconde. Ce qui, avec un boitier aussi lourd et bruyant qu’un EOS, ne me garantissait pas un résultat très net! Je me souviens avoir doublé ma photo avec mon Leica argentique qui était chargé lui avec un film de 100 iso ! Bref, je ne m’aidais pas beaucoup sur ce coup là ! 
 



(Nepal, 2004)
Ndojup, 68 ans, Khempa qui inspira le roman graphique La Farce des Hommes-Foudre
Tirage argentique sur papier Ilford baryté d'un film Kodak T-Max 100 

 

Autant Ngoduj s’était montré coopératif pour raconter l’histoire des Khempas qui donnera naissance au scénario de La Farce des Hommes Foudre, autant pour les photos il n’avait aucune patience. Il refusait de prendre la pose, et on ne discute pas avec un Khempa… A 100 iso j’ai dû déclencher au 15e de seconde avec une ouverture de f/1.4. J’arrivais sur la fin du film, la vue ci-après est la numéro 36A. Je m’appretais à charger une Tri-X et à l’exposer à 800 iso mais Ngoduj ne m’en a pas donné le temps. Je n’ai pu déclencher que deux fois et je n’ai pas eu le temps de changer de film, l’interview était terminée, ainsi en avait décidé Ngoduj. 

Je n’avais jamais tiré ce négatif. Avant de le positionner dans le passe-vue de l’agrandisseur, je l'inspecte au compte-fil sur le négatoscope (du vocabulaire du XXe siècle !) : les yeux sont nets. Bref, je suis satisfait, 16 ans plus tard, du rendu argentique de cette photo presque oubliée. 


Découvrez les coulisses de "La Farce des Hommes-Foudre" avec L'Oeil de la Photographie 




 

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